05/26/2026
Critique de film : MONKEY'S MAGIC MERRY GO ROUND
De : Aidan Leary
Année : 2024
Pays : États-Unis
Genre : Horreur/Comédie?
Il y a des films comme ça, qu’on aime autant qu’on déteste, dont le premier visionnage était aussi douloureux que fascinant, dont on se fait la réflexion que c’était trop long, mais en même temps on a rarement vu un truc aussi passionant.
Ce premier long-métrage du réalisateur américain Aidan Leary, dont c’est le premier essai, fait partie de ce genre de film, et il vient d’arriver sur Shadowz, éternels dégotteurs de bizarreries en tout genre.
MONKEY’S MAGIC MERRY GO ROUND, et c’est l’unique et dernière fois que j’écris ce pu**in de titre, est une parodie de programme audiovisuel pour enfant, sorte d’ÎLE AUX ENFANTS, pour ceux qui sont assez vieux pour avoir connus.
On retrouve un animateur, joué avec une justesse et une variation f***es par Michael Gillio, dans un décors de studio aux allures de jardin d’enfants, qui entre deux comptines inoffensives sur l’amitié, évoque la perte de mémoire dont il a apparemment été frappé.
Ses amis, des marionnettes à voix humaine, le poussent à se souvenir de son passé, quitte à raviver des souvenirs douloureux et à lui faire perdre pied avec la réalité.
Bon. Difficile de donner un avis tranché, tant ce film est un condensé de cauchemar, aussi éprouvant sur la durée, qu’intéressant dans sa forme.
Dès les premières secondes de cette "émission pour enfants en direct" on se rend compte que quelque-chose cloche. L’animateur, seul humain en scène au beau milieu de créatures animées, sorte de marionnettes ultra flippantes qui n’ont rien à faire dans un programme pour enfants, nous met tout de suite en garde du cauchemar insidieux qui s’est produit, où qui va se produire.
Regard fuyant, sourire faux et visage crispé, hésitations dans la voix, tant de petits détails pour nous alerter qu’on est pas en lieu sûr dans cette émission, que ce soit sur le plateau de tournage ou devant notre écran.
La suite confirme très vite le côté déviant et la tournure cauchemardesque des évènements, pour notre personnage principal, qui met en scène son trauma d’enfance, puisqu’il est à la fois acteur et spectateur du malaise qui va s’installer dans le programme.
Et c’est là où la prise de risques tentée par le réalisateur flirte dangereusement avec le flop. Une fois qu’on a saisi la finalité d’une telle proposition, on attend impatiemment le développement de son personnage, son côté hésitant et ses non-choix, donnent ce sentiment de très vite patiner, d’avancer très lentement dans le récit et ce, de manière très répétitive.
L’exercice de style est franchement audacieux et intéressant, mais sacrément casse-gueule, et c’est difficile de tenir 1h30 sans lâcher le train en route à plusieures reprises.
Heureusement, les quelques sursauts narratifs entretiennent le malaise, que ce soit dans les scènes d’action qui partent assez loin dans leur délire, ou bien ces moments hallucinés dans la psyché d'un personnage torturé, qui n’aura de cesse de distordre le réel, bien aidé par ses inquiétants camarades de jeu, aussi rebutant par l’apparence physique que dans leurs intentions.
Je comprend que beaucoup seront vite perdus, avec ce rythme lent et ce manque d’action flagrant, mais la force de cette œuvre c’est de cultiver le malaise jusque dans les moindres détails.
Comme le décrit si bien Shadowz, nous avons là un cauchemar fiévreux qui détourne tout les codes de l’émission télé innocente pour enfant, pour les pervertir de l’intérieur, c’est plutôt bien résumé et l’effet est réussi, on se sent vraiment mal à l’aise du début à la fin pour le coup.
Un film expérimental à ne pas mette entre toutes les mains, plombé par son manque de rythme et son développement plus que prévisible, mais fort heureusement qui va au bout de ses idées quand il s’agit de mettre le spectateur dans un situation inconfortable, face à ses peurs les plus enfouies. En pervertissant un programme télévisé destiné à être perçu comme un refuge réconfortant, le réalisateur bouscule nos repères et nous prend en otage dans ce jardin d’enfant, pas si innocent, dont aucun échappatoire n’est possible avant le dénouement final.
L’exorcisme d’un trauma d’enfance, mis en scène dans une parodie oscillant entre le MUPPET SHOW et MEET THE FEEBLES.