12/10/2026
12 octobre 1870: la mort de Robert E. Lee
Le 12 octobre 1870, un peu après 9h du matin, à Lexington, en Virginie, le Général Robert Edward Lee décède, à l'âge de 63 ans.
Après avoir été, à partir du 3 Mars 1855, Lieutenant-Colonel et commandant en second du 2nd U.S. Cavalry Regiment, Robert E. Lee est promu Colonel et commandant du 1st U.S. Cavalry Regiment, le 16 Mars 1861. Le 1st U.S. Cavalry sera renommé 4th U.S. Cavalry en Août 1861.
Robert E. Lee est le deuxième chef de corps du régiment après Edwin V. Sumner mais Lee n'aura pas réellement l'occasion de commander le régiment. Le 12 avril 1861, la milice d'Etat de Caroline du Sud ouvre le feu sur la garnison du 1st U.S. Artillery Regiment à Fort Sumter et la guerre de Sécession éclate. Le Président Lincoln, utilisant l'Insurrection Act de 1792 amendé en 1807, demande la mobilisation par les Etats de 75 000 hommes pour 3 mois. Cette mobilisation, pourtant légale, provoque la Sécession de plusieurs autres Etats, dont la Virginie dont Robert E. Lee est originaire.
Paradoxalement, Robert E. Lee est considéré comme l'un des meilleurs soldats et officiers de l'armée américaine et c'est lui qui se voit proposer de devenir Général des volontaires et de commander ces 75 000 hommes pour mettre un terme à la Sécession. Fidèle à son Etat natal, Lee refuse le poste et au contraire, démissionne de l'US Army le 22 avril 1861. Il aura commandé le 1st U.S. Cavalry, sur le papier, un peu plus d'un mois.
Le jour même de sa démission, il accepte de commander l'armée provisoire du Commonwealth de Virginie, qui intègre aussitôt les forces armées des Etats Confédérés. Il est nommé Brigadier General de l'armée confédérée le 14 mai 1861 et il est promu au plus haut grade de l'armée confédérée, General, le 14 Juin 1861.
Après des débuts difficiles en Virginie Occidentale ou il perd ses premières batailles, Lee est envoyé plus au sud pour organiser les fortifications et la défense de la Caroline du Sud, de la Géorgie et de la Floride. Il est rappelé en Virginie après la blessure du Général Joseph E. Johnston, un ancien du 1st US Cavalry aussi, à la bataille de Seven Pines et, à partir du mois de Juin 1862, il devient le cauchemar de l'armée fédérale. Sur 7 jours de batailles qu'il ne parvient pas à gagner, il parvient néanmoins à dissuader son adversaire le Major General McClellan de poursuivre son assaut sur Richmond. Profitant de l'indécision de McClellan, lui aussi ancien du 1st U.S. Cavalry, Lee fait mouvement vers Washington et bat le Major General John Pope à la seconde bataille de Bull Run.
Ces succès galvanisent les sudistes et, plutôt qu'une hasardeuse attaque frontale contre Washington, Lee décide d'envahir le Maryland pour isoler la capitale fédérale et contraindre l'administration Lincoln à reconnaître l'indépendance sudiste.
Mais Lee est arrêté sur les bords de la rivière Antietam, près de Sharpsburg. Même si la bataille est un "match nul", les pertes sont terribles et Lee comprend qu'il ne pourra pas manoeuvrer l'armée de McClellan. Il retourne alors en Virginie dans des positions fortifiées sur la Rapahannock. Le successeur de McClellan, Ambrose Burnside, tente une progression sur Richmond par une attaque sur Fredericksburg en décembre 1862, qui se solde par un désastre, Lee ayant eu le temps de choisir son champ de bataille et placer ses forces de la meilleure manière possible. Burnside est remplacé, à la fin de l'hiver 1862-1863 par Joseph Ho**er qui réorganise l'armée et surtout la cavalerie.
Mais en mai 1863, Ho**er est surpris par une manoeuvre très audacieuse de Lee à Chancellorsville et l'armée fédérale est proche de la débandade. Le Général Lee décide alors de tenter à nouveau d'envahir le nord pour battre l'armée fédérale sur son sol et contraindre à un traité de paix. Il lance ses forces sur la Pennsylvanie et les deux armées se rencontrent à Gettysburg, le 1er Juillet 1863. Nommé la veille pour remplacer Ho**er, Georges Meade parvient, comme à Antietam, à ne pas perdre et face au désastre de la charge de Pickett, Lee est contraint de se replier à nouveau en Virginie.
Une nouvelle réorganisation de l'armée fédérale permet au Lieutenant-General Ulysses S. Grant de prendre le commandement de toutes les armées nordistes et Grant force un changement de mentalité dans l'armée du Potomac. Au printemps 1864, surclassant l'armée de Lee à près de 2 contre 1, l'armée fédérale affronte les sudistes dans les bois touffus de la Wilderness et ne parvient pas à les battre. Mais les fédéraux décrochent pour poursuivre leur marche vers le sud. Lee tente de les arrêter à Spotsylvania et leur inflige de lourdes pertes, mais Grant maintient sa stratégie. Il poursuit vers Cold Harbor où il subit une nouvelle et très lourde défaite. Mais Grant sait que Lee n'a pas les effectifs nécessaires pour l'empêcher de poursuivre. L'armée du Potomac atteint Petersburg, un très important noeud ferroviaire pour ravitailler Richmond. Le Général Lee n'a pas d'autre choix que de se fortifier autour de Petersburg pour empêcher sa chute.
Le siège dure 10 mois, pendant tout l'automne et l'hiver 1864-1865, dans une guerre de position et de tranchées qui préfigure les tranchées de la Grande Guerre de 1915-1918. Incapable de desserrer l'étau et désavantagé par cette guerre de position qui annule ses principaux atouts de mobilité et d'audace, Lee ne fait plus que subir la pression de Grant jusqu'à la chute de Fort Stedman, l'un des points clés de la défense de Petersburg.
Le Général Lee, dont l'armée est atrocement usée par l'hiver et les privations dans les tranchées, décide alors d'abandonner Petersburg et Richmond le 2 Avril 1865 et de tenter de fuir vers l'ouest pour récupérer des provisions acheminées depuis le sud et d'essayer de rejoindre les forces de Joseph E. Johnston en Caroline de Nord. Le plan est de regrouper les forces sudistes pour d'abord vaincre l'armée de Sherman en Caroline du Nord, puis de revenir vaincre l'armée de Grant en Virginie.
Mais Grant n'est pas comme ses prédécesseurs et ne tombe pas dans le panneau. Au lieu de s'emparer de Richmond, il lance son armée à la poursuite de Lee, harcelé par la cavalerie de l'armée du Potomac de Philip Sheridan, rejointe par la cavalerie de l'armée de la James, commandée par le futur colonel du 4th U.S. Cavalry au Texas, Ranald S. MacKenzie.
A Appomattox Court House, le Général Robert E. Lee comprend que son plan a échoué et le 9 Avril 1865, il rencontre le Général Ulysses S. Grant auquel il offre la reddition de l'armée sudiste de Virginie du Nord. Quelques jours plus t**d, le Général Joseph E. Johnston capitule aussi face au Général William T. Sherman et la Guerre de Sécession prend fin.
Le Général Robert E. Lee sera inculpé pour trahison par le gouvernement fédéral mais jamais incarcéré ou jugé. Le 29 Mai 1865, le président Andrew Johnson amnistie partiellement les anciens confédérés et seul le Capitaine Henry Wirz, commandant de l'infâme camp de prisonniers d'Andersonville sera jugé, condamné et exécuté.
Robert E. Lee ne sera pas gracié ni restauré dans ses droits de citoyen américain de son vivant. Le 2 octobre 1865, il est nommé Président de l'université Washington College à Lexington, Virginie et y restera jusqu'à son décès. De la fin de la guerre jusqu'à sa mort, Robert E. Lee vivra dans la discrétion, ne se mêlant pas de politique et appelant à une réconciliation de bonne volonté. Bien qu'ayant été propriétaire d'esclaves sévère avant guerre, il s'était opposé à la Sécession et après la guerre, il ne toléra pas les violences contre les noirs. Il prononça de nombreuses exclusions d'étudiants du Washington College qui avaient participé à des violences et rejeta les appels à l'insurrection ou au terrorisme, comme le Ku Klux Klan ou des organisations similaires.
Il meurt le 12 octobre 1870 à Lexington, deux semaines après un accident vasculaire cérébral le laissant aphasique et très diminué. D'après certains, il pu retrouver un peu de parole et, le jour de sa mort, ses derniers mots furent "Strike the tent!", l'ordre de replier la tente avant un mouvement de troupes mais d'autres remettent en cause qu'il ait pu récupérer suffisamment pour parler distinctement.
Il est enterré sous la chapelle du Washington and Lee College, renommé pour y rajouter son nom après son décès. En 5 ans de présidence, en effet, il avait réussi à faire de cette petite université de Virginie une institution très respectée et qui l'est toujours aujourd'hui. Au-dessus de sa tombe, une sculpture le représente en train de dormir, dans son uniforme, pendant une campagne militaire.
Presque aussi célèbre que lui, son fameux cheval gris Traveller est enterré non loin de lui, derrière la chapelle. Le pauvre animal fut victime de sa célébrité de son vivant comme après sa mort. Des étudiants, visiteurs et curieux se succédaient pour lui arracher des crins de crinière ou de queue et, selon une lettre du Général Lee à sa fille, Traveller ressemblait "à une poule déplumée". Abattu en 1871 après avoir contracté le tetanos, Traveller fut enterré près de l'université mais des vandales déterrèrent régulièrement ses os. Ses os furent même exposés à New York en 1875. Ils furent ensuite exposés à l'université, mais des étudiants vandalisaient régulièrement l'exposition pour graver leur nom sur les os. Il faudra attendre 1971 pour qu'une association de descendants de vétérans confédérés fassent enterrer les restes très abimés près de la chapelle, sous une stèle à son nom.
Après sa mort, Robert E. Lee fit l'objet d'une vraie adulation quasi-idolâtre avec un certain nombre de réécritures de son histoire personnelle, pour en faire un personnage idéal, exemple parfait des valeurs sudistes. La vérité, évidemment, est beaucoup plus nuancée que cela, dans tous les aspects, tant politique que stratégique. Il fut un excellent officier et un très grand stratège mais il commit de lourdes erreurs qui coûtèrent cher à son armée. De plus, son intelligence militaire était "limitée" à la guerre conventionnelle à l'européenne et ses résultats dans les affrontements contre les indiens avant la guerre montrent qu'il ne comprenait pas ou ne savait pas s'adapter à un adversaire asymétrique. Sur le plan humain, les biographes objectifs expliquent qu'il était un pur produit de sa société, de sa classe sociale et de son temps, avec un code personnel d'aristocratie virginienne qui dictait beaucoup de sa conduite, dont une modération constante, quelque soit le contexte. Robert E. Lee fut sévère avec ses esclaves, parce que c'était la norme à l'époque, mais sans cruauté particulièrement développée, parce que ça n'aurait pas été digne d'un gentleman. Inversement, Robert E. Lee estimait indigne les rebellions criminelles des anciens confédérés, comme les Chevaliers du Camélia Blanc ou le Ku Klux Klan, parce que l'honneur d'un gentleman est d'obéir à la loi et de se comporter correctement.
Ni ange, ni démon, ni saint, ni monstre, Robert E. Lee est un personnage fascinant, assurément exceptionnel à plusieurs égards, mais il reste un être humain avec ses failles et dont il faut considérer la vie à tête froide, au travers du prisme multi-facettes de son temps, de son éducation, de sa classe sociale, de son pays, de son contexte économique, culturel et social.
Comme pour chacun d'entre nous, en somme.
Capt. Tim Larry