30/03/2026
Pour fêter le printemps, je vous emmène dans un voyage fantasque imaginé par un écrivain ardennais mort en 1927, Bernard Marcotte .
C’est l’histoire d’une troupe de comédiens qui sont chassés de la ville de Bergame parce qu’un peu trop agités. Ils vont traverser les Alpes et s’arrêter quelque temps dans un petit village avant de poursuivre leur voyage qui les amènera dans les Flandres, à Gand. La ville austère et paisible va alors vivre dans un tourbillon de fantaisie effrénée que certains notables ne parviendront pas à supporter. Ils seront chassés !
Et voici nos braves comédiens repartis pour leur ville d’Italie où ils sont accueillis, dès leur arrivée, à bras ouverts. Leur fantaisie manquait aux habitants !
La réédition de cet ouvrage en 2018 a été initiée par Henri Cambon qui m’a confié la réalisation du dessin de couverture.
« Ce livre est une ode à la fantaisie, à la joie et au rêve… une œuvre très diverse, mêlant narrations, fragments de contes, passages poétiques, scénettes de théâtre, textes de réflexion sur la vie et la beauté de la terre… » nous dit Henri.
Laissez-moi vous citer les premières lignes de ce livre plein de fraîcheur…
« Quand le dernier astrologue mourut, Arlequin, qui venait de naître, se glissa dans son cabinet et déroba subtilement le catalogue des étoiles avec le talisman qui en assurait la possession : ce fut le commencement de sa fortune. Il y a de ces coups de hasard qui président à la naissance des empires et au destin des hommes de génie. Il descendit précipitamment l’escalier, un gros livre sous le bras et un anneau constellé au doigt. Quand il passa dans la rue de Bergame, tous les bourgeois se mirent aux fenêtres et s’écrièrent : « Voilà Arlequin qui va devenir un grand savant ! » et le bruit courut dans la ville que la folie avait dérobé la science. »
… ou ce passage, page 167, où l’auteur fait allusion à son village natal ardennais Saint-Germainmont…
« Petites routes de France, vous qui êtes si monotones et si douces, vous qui traversez avec de molles ondulations les plaines de Champagne, et qui longez les canaux de l’Aisne, quelle fantaisie anime tout à coup votre rêveuse tranquillité !...
Que signifie ce cortège étrange où la robe noire voisine avec la blouse rayée de rouge, où l’on va tête nue, couronné de fleurs, coiffé du bonnet grave ou du béret frivole ? Ne les reconnaissez-vous pas ? Ce sont les fous d’Italie, qui vont donner la comédie aux Flandres. Il y a Colombine, Arlequin, Isabelle, Scapin, Scaramouche… tous les fous et toute la folie… »
… rendons-nous aux presque dernières lignes du récit…
« … Arlequin rentra avec ses amis dans Bergame : seuls Scapin et Scaramouche étaient absents. Ils avaient repris la route de Naples.
Depuis ce jour, Bergame est en fête : c’est un train de danses et de sérénades, de fêtes et de mascarade. Les peintres les plus délicats, les poètes les plus subtils ne connaissent rien de plus enchanteur au monde. Dans les jardin du palais on suspend toutes les nuits des lanternes multicolores, on donne la comédie et le ballet, et les demoiselles fuient leurs gouvernantes, et les couples des amoureux se perdent dans les profondes allées… ».
" Les Jardins de Dame Asphodèle " Gravure n° 256, dimensions planche 19 x 31 cm, estampe 33 x 46 cm
eau-forte et aquatinte.
On retrouve dans cette illustration une influence de ma gravure n° 233 de 2015 pour la maison de premier plan.
Au fond s’étend la ville de Bergame avec sa basilique Santa Maria maggiore. Au deuxième plan, des maisons flamandes inspirées de la ville de Gand.