15/05/2026
Avec Romance, Catherine Breillat connaît son plus grand succès public avec près de 350.000 entrées. Aujourd’hui pourtant, le film s’avère l’un des plus critiqués, pour ne pas dire rejetés de la part des spectateurs. Si ce sixième long-métrage de la cinéaste a surtout bénéficié d’un phénomène de curiosité, qui a poussé les spectateurs à découvrir cet opus dans les salles, il est dur de nos jours d’émettre un bon avis, d’autant plus que celui-ci se trouve entaché par la déclaration en 2024 de son actrice principale, Caroline Ducey (par ailleurs très bien), qui accuse la réalisatrice (qui l’a aussi dirigée dans l’excellent Une vieille maîtresse) d’avoir organisé un viol sur le tournage et de l’avoir manipulée. Catherine Breillat a démenti les propos de la comédienne, qui affirmait que son actrice avait été prévenue que les scènes de sexe ne seraient pas simulées. Si l’on reste concentré sur le film proprement dit, difficile de ne pas rire devant Romance avec ses dialogues pompeux que l’on penserait élaborés en intelligence artificielle (les répliques sont idéales pour une partie de Kamoulox entre amis), le jeu embarrassé de Rocco Siffredi, qui se demande quels propos il est en train dé-bite-r, sans oublier les apparitions de François Berléand, dont le personnage entreprend d’éduquer Marie au bo***ge. La chair est souvent triste chez Catherine Breillat, exposée comme des morceaux barbaque sur l’étalage d’un boucher-charcutier, dans le but d’essayer de comprendre pourquoi on en fait tout un foin, pourquoi c’est bon, pourquoi « on ne pense qu’à ça ». Rétrospectivement, Romance est une fausse route pour son auteure, qui se perd ici dans tous les clichés, dans ses névroses personnelles, au point que ce drame psychologique mute involontairement en comédie…
L’histoire est donc celle de Marie, déchirée entre le sexe et les sentiments, entre celui qu’elle désire et celui qu’elle aime. Ou bien encore une histoire d’amour vue comme une question de pouvoir: « Un mec qu’on aime vraiment assez pour être fidèle, il ne vous baise plus. Quand on les trompe, ils vous baisent, c’est simple. Ce n’est pas qu’ils devinent qu’on les trompe, c’est qu’ils comprennent qu’on leur échappe ». Marie, est institutrice, et Paul, modèle dans la publicité. Ils forment un couple de trentenaires apparemment sans histoire. Mais Paul, narcissique et émotionnellement distant, n’éprouve plus de désir charnel pour sa compagne. Cette dernière en souffre, et sa frustration conduit Marie à tromper son compagnon avec Paolo, rencontré dans un bar.Cette aventure bouleverse la jeune femme et la pousse à enchaîner les relations éphémères, puis à s’adonner à des jeux de domination/soumission avec Robert, le directeur de son école, un homme dans la fleur de l’âge.
« T’es pas obligé d’avoir du plaisir. Tu peux m’en donner. »
Non, la fameuse lettre X qui suit habituellement le mot « Romance », ne fait pas partie du titre, contrairement à ce que pensent certains cinéphiles. Visiblement, Catherine Breillat hésitait entre deux actrices à l’origine, Laure Marsac et Caroline Ducey. La première, magnifique et trop rare actrice vue dans La Reine Margot de Patrice Chéreau, ainsi qu’à la télévision, aurait été parfaite, mais celle-ci aurait refusé le caractère explicite du film. La cinéaste s’est donc projetée sur Caroline Ducey, qui sortait de Trop de bonheur de Cédric Kahn. Si elle n’a assurément pas la même aura à l’écran que Laure Marsac, on ne pourra pas lui reprocher de se donner à fond devant la caméra, au point que le malaise se fait souvent ressentir, surtout au moment des scènes qui la confrontent, non pas à Rocco Siffredi (neurasthé-nique), mais à François Berléand, que l’on a rarement, voire jamais vu ainsi au cinéma. De son côté Sagamore Stévenin campe un personnage aussi repoussant qu’improbable, ou quand ce type reste insensible face à sa petite amie chaude comme la b(r)aise, qui le masturbe et le s**e en attendant qu’il se décide à la prendre (ce qui n’arrivera jamais). Pas étonnant que Marie erre à la recherche de celui qui lui mettra un bon coup pour la sortir de cette torpeur qu’elle n’a pas voulue.
Romance s’avère plus intéressant sur la forme, avec notamment une photo toujours soignée et élégante de Giorgos Arvanitis (À ma sœur !, Anatomie de l’enfer). Mais cette fois, c’est trop peu pour retenir l’attention, ou la coupe est pleine plutôt. Romance apparaît comme une œuvre boursouflée, comme si Catherine Breillat, toujours à disséquer le désir féminin, avait voulu trop en faire pour attirer le chaland ou faire grincer la critique, qui d’ailleurs a été positive.
Mais Romance est sans doute l’opus caricatural de la cinéaste, celui qui lui ressemble le moins (À ma sœur ! qui suivra sera l’un de ses meilleurs) et qui à force de trop de lourdeurs finit par ennuyer rapidement. On parle ha-bite-uellement de br*****te intellectuelle concernant le cinéma d’auteur français. Cela n’a jamais été aussi approprié ici. D’où la nécessité d’en rire tant Romance ressemble à un précipité de toutes les tares attribuées à cette branche du septième art.
et du dispo chez LE CHAT QUI FUME https://homepopcorn.fr/test-blu-ray-romance-realise-par-catherine-breillat/