Un film au cinéma

Un film au cinéma un film au cinéma avec Lyne Bonnaud

Au cœur des ténèbres : l’apocalypse d’un metteur en scènePlus de dix années ont passé depuis la découverte d’Apocalypse ...
13/05/2026

Au cœur des ténèbres : l’apocalypse d’un metteur en scène
Plus de dix années ont passé depuis la découverte d’Apocalypse Now, film baroque et dantesque, dans lequel toutes les expérimentations semblent avoir pu trouver leur place, quand sort, en 1991, ce documentaire sur le tournage de ce film culte.
La plupart des images sont celles d’Eleanor Coppola, la femme du réalisateur. Sur le tournage, avec époux et enfants, elle le filmait, l’enregistrait, parfois à son insu. C’est cette matière filmée qui constitue ce témoignage exceptionnel, vestige de ce tournage hors norme.

Marlon Brando, dont le cachet était d’un million de dollars par semaine — et pas un jour de plus —, était censé perdre du poids ; lorsqu’il s’est présenté, il en avait pris un peu plus et n’avait pas lu une ligne du livre de Conrad, qui donnait pourtant toute son essence au film. Harvey Keitel avait été remercié en cours de tournage et remplacé au pied levé par Martin Sheen. Le même qui, du haut de ses 36 ans, fumait trois paquets de ci******es par jour, n’avait aucune condition physique et fut victime d’une crise cardiaque. Il fallut attendre son retour après qu’il eut été pris en charge à temps.
Un typhon fit 200 morts et détruisit tous les décors.
Les troupes du gouvernement philippin vinrent récupérer les cinq hélicoptères du film pour mener une opération contre des rebelles qui sévissaient à cinq kilomètres du lieu de tournage.

Francis Coppola, qui sortait du succès du film Le Parrain, finançait lui-même son Apocalypse Now, fresque sur des combattants américains au Vietnam dont personne ne voulait.
Il avait hypothéqué sa maison familiale.
Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes autour de ce long métrage qui deviendrait le chef-d’œuvre que l’on connaît aujourd’hui…

Est-ce que les grands réalisateurs américains de l’époque n’ont pas tous cherché à s’affranchir d’Hollywood et de ses contraintes, qu’ils jugeaient formatées, pour créer une œuvre artistique flirtant parfois avec la mégalomanie ?
Chez Cimino, après Voyage au bout de l’enfer, ce fut La Porte du paradis : 3 h 39, un budget de 44 millions de dollars et 220 heures de rushes. Le film fut retiré de l’affiche après une semaine d’exploitation. George Lucas, qui devait à l’origine adapter le livre de Conrad, réalisera finalement les Star Wars, tandis que Martin Scorsese enchaînera Raging Bull après Taxi Driver. Il y avait de la démesure chez ces grands noms du cinéma américain, qui ont marqué par leurs œuvres l’histoire du septième art.

Devant ce documentaire, il ressort avant tout un homme, un artiste à l’énergie f***e, cherchant à maintenir à flot la communauté qui fit Apocalypse Now, mais aussi beaucoup de chaleur humaine dans ce qu’il parvient à impulser, sans toujours savoir où il va, pour continuer de susciter l’envie chez chacun.
Ses enfants sont présents ; la petite Sofia, qu’il tient par la main, porte déjà dans le regard ces mêmes yeux Coppola, qui voient le cinéma de son père. Mais en sortant du documentaire, on se demande si derrière chaque grand artiste ne se cache pas simplement un autre être humain.

C’était vrai chez les Salgado ; cela l’est aussi chez les Coppola. Madame confie face à la caméra qu’ils étaient devenus un peu trop riches, qu’il y avait trop de pièces dans leur maison. Quand bien même ils pouvaient tout perdre, il fallait humainement revenir à une forme d’essentiel. Et lui avait besoin d’avancer sur son projet, sans quoi il ne serait plus vraiment lui-même. Francis Coppola était entreprenant, il trouverait toujours le moyen de nourrir sa famille.
La foi en son art et en l’autre, c’est peut-être là la recette des grands artistes et des grandes œuvres, et assurément la beauté de certains couples.

Il y a de la lumière au cœur des ténèbres…

Hearts of Darkness: A Filmmaker's Apocalypse (E.U. 96 mn) de Fax Barh et Georges Hickenlooper

DAO d’Alain GomisUn nouveau film d’Alain Gomis me fait toujours courir en salles. Il y a dans son cinéma une matière int...
02/05/2026

DAO d’Alain Gomis

Un nouveau film d’Alain Gomis me fait toujours courir en salles. Il y a dans son cinéma une matière intime, nourrie de sa double culture, où la quête d’identité demeure centrale.

Gloria, quinquagénaire, revient avec sa fille Nour en Guinée-Bissau pour organiser les funérailles de son père et accomplir les rituels de transmission. Un an plus t**d, Nour se marie en France. Deux moments fondateurs, deux fêtes qui tissent les liens et interrogent l’appartenance à une communauté.

Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? La langue, la sexualité, la religion, le lieu de vie ? Autant de questions qui traversent le cinéma d’Alain Gomis et résonnent en chacun.
En littérature, « A l’assaut des frontières » de Leïla Slimani esquisse des réponses, après sa trilogie familiale « Le pays des autres », lorsqu’elle évoque la perte de sa langue d’enfance — celle des ouvriers de la ferme de ses grands-parents, bien avant l’arabe.

Gomis s’affranchit des codes narratifs : il passe d’une fête à l’autre sans transition, sans jamais perdre le spectateur. Les plans-séquence sur les essences de la végétation suffisent. Autre trouvaille : il filme ses futurs acteurs dont ses proches, en plan fixe face caméra. Ils se racontent alors, bien avant même d’incarner leurs personnages. Ce film en train de se faire, inclus dans le film, crée une émotion singulière chez le spectateur, au cœur de l’expérience collective du cinéma.

Dans Dao, Gloria s’impose par une présence silencieuse et forte, à la fois ancrée et à distance du monde qui l’entoure. Elle me renvoie à la belle Diàra dans « Le rire et le couteau ». Là encore, en Guinée-Bissau, une femme farouchement indépendante trace sa route, avec les siens et en retrait, comme en léger décalage de sa communauté. Ces deux figures féminines semblent habiter pleinement l’endroit où elles ont choisi d’exister au monde — et c’est d’une grande beauté.

Dans « Aujourd’hui », Gomis captait déjà l’indicible. Satché était avec les siens tout en étant déjà ailleurs. Il avançait d’un souvenir à l’autre, en lévitation parmi les vivants, déjà en partance avant la nuit.
Par ses images, le réalisateur filme les ressentis intérieurs et ce qui circule entre les êtres, ce que nous sommes et ce que nous acceptons de laisser percevoir aux autres.

Dao est une promesse de voyage au cœur d’une identité plurielle, entre continent africain et Europe. Une œuvre qui porte une réflexion sensible sur la porosité des frontières et la construction intime de l'être humain — une proposition rare et précieuse au cinéma.

DAO (franco-sénégalo-guinaobisséen – 3h05) d’Alain Gomis avec Katy Correa, D’Johé ouadio, Samir Guesmi, Faro Baco, Nicolas Gomis, etc.

PILLIONPillion est un premier film. Et comme souvent, les premiers films portent en eux une fraîcheur bien particulière,...
11/03/2026

PILLION

Pillion est un premier film. Et comme souvent, les premiers films portent en eux une fraîcheur bien particulière, celle des premières fois.

Le sujet, un peu sulfureux, n’est pas forcément attirant et pourtant ce serait dommage de passer à côté de ce joli film. L’histoire est celle d’une relation entre deux hommes g**s dont l’union est scellée par un pacte de soumission : l’un domine l’autre dans tous les actes de la vie quotidienne.
Pillion, c’est le siège du passager d’une moto. A moins que le tire du film ne soit aussi à double signification, celle d’une métaphore dans la vie du beau et sculptural Ray.
Collin est un jeune homme timide au physique disgracieux qui évolue dans une famille aimante. Avec son père et son frère jumeau, il forme un groupe qui chante dans les bars. Ray l’aborde lors d’une de leurs représentations.

Le film a reçu le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes dans la section Un certain égard. Si la réalisation est d’une veine assez classique, c’est l’interprétation des deux acteurs en miroir l’un de l’autre qui donne tout son intérêt à cette histoire d’amour un peu cruelle.
Nous avions déjà pu découvrir ces deux comédiens dans des univers très différents : le plus jeune, Harry Melling dans Harry Potter, et le plus âgé Alexander Skarsgård dans la passionnante série The Big Little Lies.
C’est le regard de Ray sur Collin, pendant la journée de repos qu’ils s’octroient, qui nous révèle sa douloureuse vie intime : celle d’un homme qui ne peut accepter de lâcher prise, incapable de perdre le contrôle, ne serait-ce qu’une journée par semaine.
Finalement sous les audaces d’un sujet tendancieux, on en ressort ému.

Pillion (Grande Bretagne – 1h46) réalisé par Harry Ligton avec Hary Melling, Alexander Skarsgård, Douglas Hodge.

MARTY SUPREMELe film est inspiré de la vie d’un joueur de tennis de table new-yorkais Marty Reisman, qui fut l’un des gr...
22/02/2026

MARTY SUPREME

Le film est inspiré de la vie d’un joueur de tennis de table new-yorkais Marty Reisman, qui fut l’un des grands joueurs de son époque.

Son personnage évolue sportivement au plus haut niveau mondial, sans jamais cesser de se jouer des autres dans la vie quotidienne. Arnaqueur et menteur impénitent, rien ne semble pouvoir freiner son énergie f***e ni son besoin d’aller toujours plus loin. Sa compagne Rachel se hisse admirablement à la hauteur de la roublardise du bonhomme et participe activement à leurs tentatives pour se sortir des impasses dans lesquelles ils s’enfoncent.

Pendant les 2h20, nous suivons amusés et parfois un peu consternés les aventures des deux complices. L’histoire prête à rire tant le moindre de leurs faits et gestes les plonge toujours un peu davantage dans le scabreux.
Le scénario est peut-être même un peu trop boulimique de péripéties.
Mais c’est surtout l’usage très fréquent de gros plans qui m’a quelque peu lassée. Les visages sont très souvent coupés au niveau du front et du menton. Et si les mouvements de caméra ont tendance à créer un sentiment d’urgence et d’immersion chez le spectateur, ils en deviennent fatigants et artificiels à force de se répéter.

Timothée Chalamet est époustouflant dans la partition qu’il donne. On peine à reconnaître sous ses traits le jeune homme amoureux de « Call Me By Your Name ». La jeune actrice qui interprète sa compagne, Odessa A’Zion, est elle aussi très convaincante, et insuffle une petite once d’émotion qui fait parfois défaut au film. La présence d’Abel Ferrara quant à elle apporte la touche rock’n’roll propre à chacune de ses apparitions.

Sans être le chef d’œuvre que la campagne promotionnelle laissait espérer, le film reste un divertissement très agréable.

Marty supreme (Franco-Egyptien – 2h29) réalisé par Josh Safdie avec Thimotée Chalamet, Odessa A’Zion, Gwyneth Paltrow, Kevin O’Leary, Tyler Okonma, Abel Ferrara, etc.

AUCUN AUTRE CHOIXUn nouveau film de Park Chan-Wook est une promesse de machiavélisme portée au cinéma. L’intrigue s’appa...
21/02/2026

AUCUN AUTRE CHOIX

Un nouveau film de Park Chan-Wook est une promesse de machiavélisme portée au cinéma. L’intrigue s’apparente à une partie d’échecs. Les personnages y déploient une énergie f***e dans la mise en œuvre de moyens surhumains pour réaliser leurs objectifs. « Decision to Leave » avait remporté le prix de la mise en scène au festival Cannes. Ce chassé-croisé sur fond de meurtres et d’attirance amoureuse était d’un romantisme sulfureux. Quant à Mademoiselle, thriller psychologique érotique, la découverte de cet auteur fut une immense surprise.
Ce réalisateur sait mettre en scène une histoire alambiquée qui fonctionne de manière jubilatoire pour le spectateur.
A cela s’ajoute la qualité de l’image : une très belle photographie et des plans minutieusement travaillés. Dans « Aucun autre choix » la scène de poursuite des deux adolescents à vélo par la police est époustouflante. Son cinéma se distingue par une écriture ciselée remarquable au service de son histoire avec des liaisons d’une scène à l’autre ingénieuses.
« JSA (Joint Security Area) » sorti il y a plus de 25 ans, s’inscrivait sur un autre registre de mise en scène, en relatant un incident à la frontière des deux Corées. Il n’en demeure pas moins tout à fait passionnant à redécouvrir. Le réalisateur a sans doute affiné sa sensibilité cinématographique au fil du temps. Dans ce même film on retrouve son acteur principal d’Aucun autre choix, Lee Byung-Hun. Ironie du sort lorsqu’on connaît l’histoire : une critique acerbe du capitalisme. Il était aussi l’un des acteurs principaux des deux premières saisons de la série Squid Game.

L’auteur coréen rend ici hommage à Costa Gavras qui a déjà adapté le roman « Le couperet » de Donald Westlake au cinéma, sur les drames humains provoqués par le chômage. Il en livre une autre version cocasse dans laquelle les relations familiales et sociales sont au cœur de la construction de son histoire.

Même s’il ne s’agit pas de son meilleur film, Park Chan-Wook propose une nouvelle fois un cinéma audacieux qui traite des violences sociales avec drôlerie et cohérence.

Aucun Autre choix (Corée du Sud – 2h19) réalisé par Park Chan-Wook avec Lee Byung-Hun, Ye-jin Son, Park Hee-Soon

LA VIE APRES SIHAMUn film intime et familial, sans histoire aucune, si ce n’est celle de raconter le temps qui passe apr...
19/02/2026

LA VIE APRES SIHAM

Un film intime et familial, sans histoire aucune, si ce n’est celle de raconter le temps qui passe après la disparition de Siham, la maman. Comment cette famille fait et continue à vivre avec le vide laissé par son absence.

Un ami m’a dit un jour que pour réaliser un bon film, il fallait une bonne histoire. Je ne le crois pas, mais alors pas du tout. Des films excellents se trouvent dans l’art de filmer et de dire quelque chose par la force des images et des interprétations remarquables, « Perfect Days » de Wim Wenders par exemple.

Le réalisateur dans la simplicité à se filmer et à filmer les siens après Siham trouve une matière qui touche tout un chacun sur les questions de devoir se séparer et de deuil. Son film de son intimité familiale tend à l’universel, et c’est là toute sa beauté. Nous sommes dans le film en Egypte, mais d’où que l’on vienne, nous nous trouvons confrontés aux mêmes problématiques humaines.

J’ai repensé en sortant de la salle à d’autres films. « Des figues en Avril » film documentaire de Nadir Dendoune qui à l’inverse abordait le quotidien de sa maman octogénaire dans son petit appartement de L’île Saint-Denis. Son époux Mohand ayant dû du fait de sa maladie d’Alzheimer être placé dans une maison médicalisée. Comment remplir le vide laissé par son absence quand elle s’occupait de lui en tant qu’aidant ? Le film porté par le regard d’un fils aimant, avec tout l’héritage culturel des souvenirs partagés. Ou encore le très émouvant « Carré 35 » d’Éric Caravaca sur le poids des non-dits autour d’une sœur trop tôt disparue mais surtout jamais nommée ; déni de la réalité et quand l’histoire familiale rejoint celle de la grande histoire de la décolonisation.

Tous ces films mélange d’archives familiales et d’instants présents partagent en commun d’être bouleversant d’humanité.

La vie après Siham (Franco-Egyptien – 1h16) réalisé par Namil Abder Messeh avec Siham Abdel Messeeh, Waguih Abdel Messeh, Namir Abdel Messeh, etc.

The mastermind The mastermind, c’est l’histoire d’un homme plein de douceur, James Blaine, charpentier au chômage de bon...
09/02/2026

The mastermind

The mastermind, c’est l’histoire d’un homme plein de douceur, James Blaine, charpentier au chômage de bonne famille, qui organise un casse dans un musée pour tenter de devenir ce qu’il ne parvient pas à être aux yeux des siens. Il va dérober avec une équipe de bras cassés, quatre tableaux de l’artiste Arthur Dove, pionnier de l’abstraction. L’un de ses comparses bien mal choisi, confesse le larcin au FBI.
Le jeune homme s’embourbe alors dans ses contradictions. Il sera rapidement lâché par sa femme et par ses amis. Ses inepties le mèneront de mal en p*s, jusqu’à la fin du film, absolument mémorable.

Dès les premières images, nous sommes happés dans l’univers cinématographique de la réalisatrice. Kelly Reichardt possède une réelle écriture de cinéma. Ses plans qui s’étirent en longueur, révèlent délicatement l’intrigue. Ils permettent au personnage principal un espace à vivre à l’écran, dans son propre présent. De « Night moves » à « « Showing up » en passant par « First cow », on reconnaît cette manière si singulière de filmer. Cette cinéaste écrit avec l’image sa pellicule, comme un peintre dessinerait son tableau ; au risque de perdre certains spectateurs sensibles aux mots.

L’acteur Josh O’Connor est quasiment de tous les plans pour donner vie à ce JB. Sa douceur apporte toute l’ambigüité nécessaire, il n’a de cesse de mentir à tous. La caméra le filme au plus près de ses émotions. Elle vient cueillir ses mensonges sur son visage et la symbiose est totale entre l’acteur et la caméra. C’est tés impressionnant et certainement difficile à mettre en œuvre.
L’histoire se déroule dans le Massachusetts des années 70. Cette réalité à l’écran passe aussi par la puissance de la photo. Le grain et sa colorimétrie, participent à la reconstitution de l’époque pour nous transporter dans le temps.

Kelly Reichardt est très audacieuse. Sa forte personnalité artistique à travers ses réalisations, nous livre cette fois encore avec The mastermind, un très beau cinéma.

The mastermind (E.U. – 1h48) de Kelly Reichardt avec Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro

Ces saisons d’Hanabi ont encore pu nous réserver de belles découvertes cinématographiques en 2026.Sur les 7 films propos...
08/02/2026

Ces saisons d’Hanabi ont encore pu nous réserver de belles découvertes cinématographiques en 2026.

Sur les 7 films proposés cette année, je n’ai pu en voir que 4.

« Mon grand frère et moi » est celui qui m’aura le plus transportée par la maîtrise de sa réalisation. Le réalisateur de « La famille Asada » nous fait rire et nous serre le cœur à travers ce film sur la mémoire et le deuil. Le film sous son apparente légèreté est d’une grande profondeur. Il oscille sur un fil ténu pour garder un équilibre qui fonctionne dans la mise en scène, et le pari est complètement réussi.

« Fais-moi un signe » souffre à mon sens d’un manichéisme un peu agaçant. A trop forcer le trait de ce fils qui rejette ses parents, on n’y croit plus.

Avec « La fille du Konbini », ce fût un plaisir de retrouver la superbe jeune actrice des très beaux films « Asako I & II » de Ryūsuke Hamaguchi. Bien que son personnage soit ici moins fascinant, le film se regarde sans déplaisir, même si le livre de Sayaka Murata m’avait davantage enthousiasmée.

Quant au film de clôture du festival « Sous le ciel de Kyoto », je l’ai bien aimé contrairement aux deux acolytes qui m’accompagnaient. Le film là aussi a le mérite d’évoluer sur plusieurs registres, de la drôlerie au drame. Si les personnages y sont merveilleusement décalés, ils restent empreints des codes propres au japon dans l’altruisme, ce qui fait tout le charme de leur évolution dans ces histoires d’amour contrariées. Mention spéciale aux jeunes acteurs, tous les quatre excellents.

Mais en ce moment, toujours en salles, il est encore temps de découvrir « Jusqu’à l’aube », venu aussi du Japon en séance de rattrapage des saisons d’Hanabi de l’an passé.
C’est une merveille de sensibilité sur la solidarité et la bienveillance au travail dans un pays où le collectif l’emporte dans notre vision occidentale sur l’individu. Toute la beauté du film se déploie dans les interstices des rapports humains. Dans cette petite entreprise où le droit à la différence semble y être une marque de fabrique.

Hanabi (花火)qui signifierait la beauté éphémère des feux d’artifice et des cerisiers en fleurs telle l’affiche 2026 du festival.

La Reconquista Le dernier film sorti en France de Jonàs Trueba est une merveille dans l’exploration des sentiments amour...
07/02/2026

La Reconquista

Le dernier film sorti en France de Jonàs Trueba est une merveille dans l’exploration des sentiments amoureux.
Mais après avoir tout juste terminé l’excellente série de son compatriote Rodrigo Sorogoyen « Los años nuevos », c’est un peu troublant d’y retrouver Fransisco Carril en jeune homme. « La Reconquista » a en effet été tourné en 2016, une petite dizaine d’années avant. Et nous y suivons aussi les atermoiements amoureux d’un jeune homme, Oscar, avec le même Fransisco Carril.
Manuela et Olmo ont vécu ensemble leur première histoire d’amour au lycée. Ils se retrouvent 15 ans après. Le film débute par leurs retrouvailles autour d’une lettre d’amour que l’adolescent avait alors envoyé à son amoureuse. Manuela la lui rapporte, ils en échangent ensemble et continuent à s’amuser ensemble le temps d’une longue nuit madrilène.
Dans la seconde partie, nous découvrons les deux adolescents au début de leur rencontre et histoire d’amour. Partie qui vient éclairer la première partie à postériori.

Le réalisateur madrilène aime sa ville, elle est toujours le théâtre de ses films, et des déambulations de ses personnages. « La Reconquista » qui précède « Eva en Août » qui l’a fait connaître en France, « Venez voir » avec un couple qui tentaient une échappée de la ville vers la campagne verdoyante et plus récemment « Septembre sans attendre » ; n’échappent pas à la règle.
Madrid apparaît tel un personnage à part entière ou les trentenaires que Trueba nous fait rencontrer, peinent à trouver leur place au monde.
Mais bien qu’excellent le film souffre de sa sortie dans la même temporalité que la série, toujours disponible sur la plateforme d’Arte. Les personnages y sont très nettement plus attachants, et le format de la série permet de les développer avec plus d’envergure pour notre plus grand bonheur.

Les deux sont à découvrir. Ces deux grands réalisateurs, en font une exploration du sentiment amoureux différente.
Le film quant à lui est excellemment bien filmé au niveau de l’image, avec des gros plans superbes sur le visage juvénile de Manuela ou de la jeune femme trentenaire, sans jamais devenir esthétisant. Il est d’une grande fraîcheur sur l’impact laissé par un amour de jeunesse qui refait surface.
Et rien que pour la scène dans laquelle Olmo se met à danser, scène qui va éclairer ses sentiments intimes auprès de sa compagne avant même sa propre prise de conscience, le film est une pépite.

La Reconquista (Espagnol – 1h48 ) de Jonàs Trueba avec Fransisco Carril et Itsaso Arana, Aura Garrido, Pablo Hoyos, Candela Recio, etc.

Mon grand frère à moi (Ani wo mochihakoberu saizu ni « A la taille où je peux porter Ani ») de Ryôta NakanoDe « La famil...
29/01/2026

Mon grand frère à moi (Ani wo mochihakoberu saizu ni « A la taille où je peux porter Ani ») de Ryôta Nakano

De « La famille Asada » à « Mon grand frère à moi », il n’y a qu’un pas, celui du pas de côté.
Le film d’ouverture de cette saison d’Hanabi est tout aussi réjouissant que le précédent du même réalisateur.

A savoir l’art de pouvoir faire rire ou sourire avec une histoire qui n’aurait dû qu’être dramatique. L’intrique et sa mise en scène permettent aux interprètes du film de faire évoluer leurs personnages respectifs sur un fil tendu qui oscille, de la gravité des situations à une tendresse joyeuse qui puisse permettre la résilience. Le titre originel « A la taille où je peux porter Ani » est terriblement cocasse et profond pour qui aura vu le film, du fait de ce frère très encombrant au sens propre comme au sens figuré.

Nous sommes au Japon, et les émotions passent après la courtoisie qu’impliquent les rapports aux autres dans le collectif.
Aussi ces saisons d’Hanabi deviennent un rendez-vous incontournable pour qui s’intéresse à cette société aux codes si éloignés des nôtres.
Comme dans le précédent long du réalisateur nous avons dans le personnage du grand frère un homme qui ne ressemble pas au standard de l’homme japonais dans cette société très normée, que nous occidentaux nous imaginons. Il vit en marge des conventions. Et tout comme dans la famille Asada, le film vient interroger la mémoire des uns et des autres, quant à cet être souvent incongru et encombrant pour ses proches.

Et là encore, le film avec une réalisation très maitrisée, nous fait rire et nous serre le cœur, d’une grande profondeur sous la légèreté apparente.

Mon grand frère à moi (Japon – 2h05) de Ryôta Nakano avec Kô Shibazaki, Joe Odagiri, Hitari Mutsishima, etc.

Adresse

Nantes
44000

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