16/10/2020
Yalda, la nuit du pardon.
Film iranien de Massoud Bakhshi
Né à Téhéran, Massoud Bakhshi a travaillé comme critique de cinéma, scénariste et producteur. Ensuite il a réalisé dix documentaires et un court-métrage Une famille respectable, tourné en Iran, est son premier long-métrage. Nous parlons du second : Yalda, la nuit du pardon
C’est une fiction inspirée d’une émission de télé réalité qui existe vraiment en Iran. Voici Maryam, 22 ans, elle a tué accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. Ce qui pourrait éventuellement la sauver c’est le pardon que Mona, la fille de Nasser, pourrait lui accorder. Au cours précisément de cette émission de télé réalité, devant des millions de téléspectateurs.
L’accusée c’est Maryam, jeune femme modeste, dépassée par la situation et accompagnée d’une mère très envahissante. Face à elle, Mona, d’une condition sociale bien différente, est sure d’elle. Si le film est bâti sur leur confrontation, il aborde des sujets beaucoup plus vastes et universels. C’est ce qui fait sa richesse et sa complexité.
Complexité d’abord. Le scénario s’enracine dans la culture et las traditions de l’islam. Les références à Allah sont donc nombreuses, et la vertu de justice est sous le couvert du droit islamique, de la charia. Sans oublier que l’Iran confesse l’islam chiite, d’où l’invocation à l’imam Hussein par exemple. Complexité donc d’une autre culture où le prix du sang est réclamé. Mais une culture qui utilise les codes du showbiz. Et c’est ce qui nous emble tout à fait incroyable : cette mise en scène clinquante sur un plateau de télévision d’un drame humain et social.
Mais aussi richesse :
La maitrise de Massoud Bakhshi est frappante : unité de temps, de lieu d’action, tout se déroule en huis clos, avec des rebondissements, des surprises, des personnages clés qui interviennent. L’action progresse avec une vraie maitrise du récit.
Complexité à nouveau : l’émission de télé réalité s’intitule « le plaisir du pardon ».
Le Yalda est l’un des quatre jalons du Calendrier persan. Il s’agit en fait de la célébration du solstice d’hiver, le 21 décembre. Le côté mercantile qui demande aux téléspectateurs de voter par SMS, par la voix d’un animateur avec oreillette est en complète contradiction avec la gravité de la situation, la vie ou la mort par pendaison pour Maryam. En studio, il y a aussi un groupe de 22 étudiants, de l’Université de l’amélioration de la pratique morale, invités à donner leur avis. Le choc entre modernité et archaïsme, spectacle et drame humain, s’articulent sur une mise en scène rigoureuse. Et c’est la richesse de ce film qui s’appuie sur un vrai langage cinématographique.
Richesse aussi par ce que à travers cette histoire singulière, ce film « Yalda la nuit du pardon », pose une réflexion anthropologique sur la justice, sur la place de la femme, sur le pardon, le mariage dans l’islam.
Mais aussi et cela nous concerne sur la société du spectacle. Et là, nous sommes impliqués. Comment en effet, devant certains programmes ne pas être affligés par la pauvreté des échanges, par le ton racoleur d’un prêt à penser sur des sujets graves. Comment ne pas s’interroger sur la place envahissante de spots publicitaires, sur l’étalage de certaines interviews complaisantes.
C’est en cela que le film de Massoud Bakhshi est vraiment puissant. Il montre à quel point ce cinéaste iranien s’intéresse profondément à l’humain.
Laissons lui la parole pour conclure :
« Mon œuvre est très diverse, chaque histoire se construit différemment avec son propre style. Je pense qu’il faut avoir une vision et une imagination forte pour faire un film original. Ce que je trouve le plus intéressant, c’est de connaître la nature de l’être humain. C’est un être avec ses désirs, ses complexes, ses rêves et ses faiblesses. À travers mes films, j’essaie d’approfondir mon regard sur l’homme. Pour moi, chaque film est une nouvelle découverte. »
N’hésitez donc plus et filez au cinéma pour une belle séance avec Yalda, la nuit du pardon ».