Situées au cœur de cette authentique pagode de la fin du 19ème siècle, deux salles de cinéma vous accueillent : la salle Japonaise de 212 fauteuils, et la deuxième salle, moderne, de 180 places. Si la Pagode est un lieu magique, c’est peut-être parce que son histoire commence comme un conte de fée : Il était une fois, en 1895, le directeur du Bon Marché, M. A cette époque, l’Orient est à la mode d
epuis que le Japon s’est ouvert au commerce occidental. Sous l’impulsion de l’Ere Meiji (1868/1912), chinoiserie et japonaiserie font alors fureur. Morin fit donc édifier pour Mme Morin une véritable pagode qu’il demanda à l’architecte Alexandre Marcel de construire dans son jardin, rue de Babylone, dans le VIIème arrondissement. Celui-ci s’exécuta avec un grand souci d’authenticité, allant même jusqu'à faire venir certains éléments de là-bas : l’impressionnante charpente en bois sculpté vient directement du Japon. Ce bâtiment est exceptionnel par son allure mais également par la diversité de sa structure : les tuiles vernissées viennent d’une fabrique vosgienne ; les extrémités des poutres représentent des dieux du bouddhisme indien, dont Ganesh l’éléphant...
Quant à la salle « japonaise » elle compte : décor de stuc, des tentures murales, de superbes scènes guerrières au plafond, des fresques, le tout reconstitué par le peintre Benet. Enchanté par les lieux, Mme Morin y organisa de somptueuses réceptions, le couple y apparut même une fois costumé en Empereur & Impératrice du « Pays du Soleil Levant & du Mont Fuji » ; créant l’évènement dans tout Paris. Des admirateurs non conviés louèrent les appartements adjacents à La Pagode dans l’espoir d’apercevoir par les fenêtres quelques bribes du faste des festivités.
Á La Pagode, la vie brillante continue, avec des éclipses, puis la salle est fermée en 1927. En 1931, les portes de La Pagode s’ouvrirent enfin au public pour devenir l’unique temple du sonore de tout le 7ème arrondissement. Ce lieu devient vite un haut lieu de la cinéphilie, surtout pour les admirateurs des films de Bergman et d’Eisenstein. C’est aussi à la Pagode que Jean Cocteau donna la première du « Testament d’Orphée » en 1959 et que Gloria Swanson demande la reprise de « Queen Kelly » en l’honneur d’Erich Von Stroheim. Dans les années 1960, elle participe au célèbre mouvement de la Nouvelle Vague en programmant des cinéastes tels que Truffaut, Rohmer, Rozier…
En 1990, le Ministère de la Culture décide de la classer d’office comme Monument Historique ; le Ministère affirmant que La Pagode est « un témoin exceptionnel de l’engouement du siècle dernier pour l’orientalisme ». Après plusieurs années d’exploitation par la compagnie Gaumont et trois longues années de fermeture, La Pagode est redevenue, le 8 novembre 2000, un cinéma indépendant grâce à M. Aujourd'hui, l’équipe de la Pagode continue de faire vivre ce temple du cinéma : masterclass avec de grands cinéastes (James Gray, Amos Gitaï,…), soirées thématiques, festivals, débats avec de nombreux réalisateurs… Cinéma unique à Paris grâce à cette salle Japonaise classée monument historique et son jardin en plein cœur de Paris, véritable poumon d'air et de verdure.