20/05/2026
LE PROGRAMME DE LA FILMOTHÈQUE DU 20 AU 26 MAI :
La disparition brutale de Jean-Max Causse, co-fondateur des Studios Action et patron de la Filmothèque, nous plonge dans le deuil et la tristesse. Cependant, la Filmo continue son chemin, inspirée par sa générosité, sa drôlerie, son indépendance et son exigence. Au-delà des très nombreux témoignages de soutien que nous avons reçus, et dont nous vous remercions chaleureusement, c’est dans les films eux-mêmes que nous espérons trouver du réconfort. Car comme il aimait à le dire, « le cinéma fait du bien à l’âme ». De nombreux hommages lui seront rendus lors de la grande rétrospective des 20 ans de la Filmo à partir du 10 juin.
La Filmothèque présente au mois de mai la plus vaste rétrospective consacrée depuis des années sur grand écran au film noir. Au programme plus de 90 oeuvres, empruntées aux domaines américain bien sûr, mais aussi français, italien, espagnol, japonais, coréen, hongkongais, qui permettent de retracer l'évolution d’un genre protéiforme et impérissable
La sélection fait la part belle aux grands classiques, mais rassemble aussi bon nombre de raretés, parmi lesquelles LES PIRATES DU METRO, L’EMPRISE DU CRIME, THE MOLLY MAGUIRES, ALLO BRIGADE SPECIALE, UN CRIME DANS LA TETE, LA CITE DES DANGERS, L’ENFER DE LA CORRUPTION, MR. MAJESTYK, TUEZ CHARLEY VARRICK, L'ETRANGLEUR DE RILLINGTON PLACE, ICI BRIGADE CRIMINELLE, LA TRAHISON SE PAYE CASH.
Des "doubles programmes" associent deux oeuvres qui entretiennent une relation d'original à remake, de modèle à variation ou hommage : INFERNAL AFFAIRS et LES INFILTRES, LES TUEURS et A BOUT PORTANT, DRIVER et DRIVE, SUEURS FROIDES et OBSESSION, FENETRE SUR COUR et BODY DOUBLE, LE SAMOURAI et THE KILLER. Replongez dans l’histoire d’un genre protéiforme, instable par essence, qui n’a cessé de se défaire et de se reconfigurer au fil des cinémas nationaux, des époques et des crises : le film criminel comme forme ouverte, laboratoire du récit moral, mais aussi de sa dissolution.
Soirée spéciale le lundi à 19h30 autour de deux cinéastes qui interrogent chacun à leur manière ce que les images cachent sous leur surface. Dans Maps to the Stars, David Cronenberg transforme Hollywood en paysage spectral : un monde de corps épuisés, de fantasmes en circulation et de paroles contaminées par le désir de pouvoir. Une satire glacée où chaque plan semble hanté par la corruption intime des êtres et des images. En ouverture, La bicyclette de Jean Douchet (17 min), une dérive joueuse où le trajet compte moins que les regards, les gestes et les rencontres qui s’inventent en chemin. Un film vif et discret, déjà traversé par une attention profonde aux rythmes et à ce que le cinéma révèle du réel lorsqu’il semble simplement le suivre. La projection sera suivie d’une rencontre avec Pierre-Alexandre Schwab, auteur de Une semaine avec Jean Douchet et Jacques Lassalle aux éditions Carlotta Films.
Cette semaine six films de Pier Paolo Pasolini traversés par la même violence sacrée, la même quête de vérité. De L’Évangile selon Saint Matthieu, où le sacré retrouve une puissance terrestre et révolutionnaire, à Théorème, fable brûlante sur le désir comme force de dissolution bourgeoise, Pasolini ne filme jamais pour rassurer, mais pour révéler. Avec Œdipe Roi, le mythe devient traversée, hallucinée entre destin antique, mémoire intime et violence archaïque. Accattone fait surgir, lui, une Rome des marges où les corps pauvres portent déjà quelque chose du sacré, tandis que Des oiseaux petits et gros transforme la fable politique en errance burlesque. Et puis Salò ou les 120 journées de Sodome, ultime film, œuvre-limite, bloc de rage froide et de lucidité politique. Pasolini y pousse le cinéma jusqu’au point de rupture, exposant l’alliance du pouvoir, du fascisme et du désir comme machine méthodique de destruction. Rien n’y échappe : les corps, les regards, les mots eux-mêmes deviennent terrains de domination.
Il y a, chez Nathalie Baye, une manière d’être au monde qui ne relève ni de l’évidence ni de l’effet, mais d’une présence plus secrète, presque en retrait, où affleure pourtant une intensité irréductible. Une actrice de la vibration plutôt que de la démonstration, dont le visage semble toujours traversé par quelque chose qui échappe, une inquiétude, une douceur, une faille. À travers cette semaine d’hommage, ses apparitions dessinent un parcours singulier au cœur du cinéma d’auteur français et au-delà. Nous lui rendons hommage cette semaine avec La Balance de Swain et L’Homme qui aimait les femmes de Truffaut.
Retour du chef-d’œuvre de Miloš Forman sur grand écran dans une somptueuse restauration 4K : Vol au-dessus d’un nid de coucou, avec un Jack Nicholson explosif. Adapté du roman de Ken Kesey, le film nous plonge dans un hôpital psychiatrique où un vétéran de Corée, feignant la folie, fait vaciller l’ordre établi et entraîne les patients dans une révolte aussi libératrice que tragique. Face à lui, une autorité clinique et implacable incarne toute la violence d’un système qui broie les individus. Tourné en décors réels, avec de véritables patients en arrière-plan, le film frappe par son réalisme et la puissance de son interprétation collective, aux côtés de Nicholson. Immense succès critique et public, il entre dans l’histoire en remportant 5 Oscars majeurs en 1976 (meilleur film, réalisateur, acteur, actrice et scénario), un exploit rarissime. Œuvre à la fois politique, humaine et profondément subversive, il interroge la norme, la liberté et la résistance. “Voilà un film qui est grand parce que fait à l'intérieur d'un système, il nous atteint et nous transforme. Qui dit mieux ?” Libération
Plongez dans l’univers envoûtant de Wong Kar-wai et redécouvrez sur grand écran, en rééditions numériques 4K, l’éclat et la modernité intacte de son œuvre magistrale : AS TEARS GO BY, NOS ANNÉES SAUVAGES, LES CENDRES DU TEMPS, CHUNGKING EXPRESS, LES ANGES DÉCHUS, HAPPY TOGETHER, IN THE MOOD FOR LOVE, 2046 et THE HAND. De la fièvre nocturne des débuts aux vertiges de la mémoire et du désir, ces films composent une fresque intime où les corps se cherchent, se perdent et se retrouvent dans un monde traversé par la solitude et l’attente. À travers une mise en scène d’une précision hypnotique, faite de ralentis, de couleurs saturées et de silences habités, le cinéaste capte l’insaisissable et donne forme à l’éphémère. Portée par des figures inoubliables et une bande-son iconique, sa filmographie explore les méandres du temps avec une sensualité rare, où la nostalgie n’est jamais figée mais toujours en mouvement.
Encore des chefs-d’œuvre : THELMA ET LOUISE, ROMEO + JULIETTE, PHANTOM OF THE PARADISE, IRREVERSIBLE, L’HOMME A LA CAMERA...
LA FILMO + INCUBATEUR DE CINÉ-CLUBS :
Mer 19h30 : Ciné-club du lycée Saint-Louis : Tout sur ma mère
De Pedro Almodovar + débat avec les membres du ciné-club
Jeu 19h30 : Ciné-Maille : Virgin Suicides de Sofia Coppola Présentation par les membres du ciné-club
Ven 19h30 : Ciné Philo : Mimi Métallo blessé dans son honneur
De Lina Wertmüller | Débat avec les membres du ciné-club
Lun 19h30 : Soirée spéciale Jean Douchet : Maps to the stars de David Cronenberg précédé de A bicyclette (court-métrage de Jean Douchet, 17') | Débat avec Pierre-Alexandre Schwab, auteur de "Une semaine avec Jean Douchet et Jacques Lassalle » ed. carlotta
Mar 19h30 : A la rencontre des grands classiques : Blow Up de Michelangelo Antonioni | Suivie d’une analyse par Fabrice Revault