20/05/2026
Et puis il y a Carrie (1976).
Le chef-d’œuvre absolu de Brian De Palma. Un film d’horreur, oui, mais surtout un immense film de cinéma. Une tragédie adolescente transformée en opéra de sang.
Avec sa mise en scène virtuose, De Palma pousse chaque émotion à son point de rupture : les regards deviennent des armes, les couloirs du lycée des labyrinthes paranoïaques, le bal de promo une cérémonie sacrificielle. Tout est excessif, stylisé, flamboyant — les split screens, les ralentis, les mouvements de caméra hypnotiques, l'extraordinaire musique de Pino Donaggio — et pourtant jamais le film ne bascule dans le ridicule. Il avance constamment sur cette frontière fragile entre le kitsch, le grotesque et la grâce pure.
Carrie White, adolescente humiliée, écrasée par le fanatisme religieux de sa mère et la cruauté ordinaire de ses camarades, devient peu à peu une figure mythologique. Une martyre. Une bombe émotionnelle à retardement. Et lorsque le cauchemar éclate, De Palma transforme la vengeance en ballet infernal, d’une beauté sidérante.
Sous son apparence de film fantastique, Carrie parle surtout de violence sociale, de désir refoulé, de honte, de sexualité et de solitude. C’est un film sur l’adolescence comme expérience de terreur absolue. Un conte cruel où le monstrueux naît moins des pouvoirs surnaturels que de l’humiliation collective.
Pourquoi Carrie au Retour du Bis ? Parce que derrière son statut de classique consacré se cache un film profondément malade, excessif, baroque et cruel. Un film qui prend les codes du cinéma d’exploitation — le sensationnel, le voyeurisme, l’hystérie, le choc — pour les transformer en véritable geste d’auteur.
Avec Misery, il compose un double programme Stephen King où les émotions débordent jusqu’à l’horreur pure : d’un côté la fan qui séquestre, de l’autre la jeune fille qu’on pousse au massacre. Deux enfers intimes. Deux explosions de folie. Deux chefs-d’œuvre où l’Amérique pavillonnaire révèle son vrai visage : cruel, malade et profondément terrifiant.
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