ADIEU AU LANGAGE, un film révolutionnaire ? Sorti en 2014 et tourné en 3D, Adieu au langage, le dernier long-métrage de Jean-Luc Godard, fait la part belle à l’expérimentation et semble vouloir tordre le cou à toutes les règles, à commencer par celles relatives à l’utilisation habituelle du cinéma en trois dimensions. Explosion du récit et du montage au profit d’une logique poétique de mash up, im
pressionnisme des images aux couleurs modifiées, mauvais agencement des deux niveaux d’images nécessaires à l’effet 3D, tout concourt à mettre à l’épreuve le spectateur, à lui offrir une expérience cinématographique fascinante et/ou déroutante, qui défie ses capacités de compréhension, d’interprétation et de lecture du réel et du monde – dynamiques par lesquelles l’œuvre godardienne se veut geste filmique révolutionnaire, politiquement et esthétiquement. Si plusieurs textes se sont penchés sur le film, parfois assez précisément, au moment de sa sortie ou dans les mois qui ont suivi, l’importance d’Adieu au langage au sein du chapitre contemporain de l’évolution des formes filmiques (celui de la 3D, des nouvelles technologies et de cette « dictature du numérique » que dénonce Godard) n’a peut-être pas été assez soulignée. Le projet de cette double journée d’études, à laquelle participent des collaborateurs de Godard, des universitaires, une psychanalyste, des étudiants, des plasticiens et des cinéastes est non seulement de contribuer aux études théoriques sur le film, mais peut-être surtout de répondre malicieusement à l’inventivité godardienne par la voie de l’expérimentation. C’est ainsi que les tables rondes alterneront avec des projections, tantôt de films de Godard (des versions 2D et 3D d’Adieu au langage aux Trois désastres) ou de films d’autres cinéastes à mettre en lien avec celui de 2014, tantôt de propositions filmiques de cinéastes ou d’étudiants issus des formations de l’université Grenoble Alpes – propositions en formes de réponse ou de défi à la pratique cinématographique godardienne. Il s’agit ainsi, à travers ces deux jours, de proposer sur plusieurs fronts, avec la passion et la pointe d’irrévérence qui convient à tous travaux sur Godard, une foule d’images et de sons à Adieu au langage pour faire naître au sein du film lui-même de nouveaux chemins et de nouvelles pistes, fausses pistes comprises.