17/04/2026
🎬 **Une bataille après l’autre **
** .**L’équilibre plutôt que l’effet
⚠️ Cette critique évoque certains éléments de structure et de mise en scène du film, sans en révéler les développements narratifs majeurs.
Un film qui ne cherche jamais à impressionner.
Et qui, justement pour cela, tient autrement.
Une bataille après l’autre
Une bataille après l’autre ne commence pas par une intrigue.
Il commence par une manière de regarder.
La première partie installe un monde en mouvement, observé à distance, traversé d’ellipses, où les personnages existent sans être totalement saisis.
On y suit Perfidia — Teyana Taylor — dans une forme d’intimité étrange : proche dans ce qui est montré, mais jamais expliquée réellement.
Le film ne laisse pas le temps se diluer : il le tient par un rythme qui circule entre musique, jeu, mise en scène et montage, sans jamais céder à une montée dramatique forcée.
Ce n’est que dans un second temps que le film laisse émerger une intrigue plus lisible.
Non pas comme un point de départ, mais comme la conséquence de tout ce qui a été posé.
Ce qui se transmet alors — peurs, silences, ennemis — ne relève pas d’un discours.
Cela s’impose, presque malgré eux.
Le film ne cherche pas à clarifier.
Il avance avec ses tensions, ses déplacements, ses contradictions.
Et pourtant, sa force ne tient ni dans cette construction, ni dans ce qu’il raconte, mais dans la manière dont il filme : une mise en scène d’une sobriété presque anormale, précise sans être démonstrative, toujours légèrement en retrait, laissant exister les corps, les acteurs, les situations.
Les corps ne sont pas laissés libres dans le cadre, ils sont précisément dirigés, inscrits dans une mise en scène maîtrisée.
Mais cette précision ne se ressent jamais comme une contrainte : la caméra accompagne sans écraser, et même dans ses mouvements, elle reste lisible, jamais démonstrative ou désordonnée.
Les moments d’intimité, eux, resserrent le dispositif : plus fixes, plus stables, ils recentrent le regard sans jamais rompre avec cette continuité d’ensemble.
Une douceur s’en dégage. Un charme.
Quelque chose de difficile à saisir, mais constamment présent.
Et ce quelque chose tient en grande partie à la musique.
Le travail de Jonny Greenwood n’est pas un accompagnement.
C’est ce qui permet au film de tenir.
Sans elle, il ne reste pas grand-chose de sa tension profonde.
Ce n’est pas une musique illustrative, ni émotionnelle au sens classique.
Il n’y a pas de piano démonstratif, pas de montée évidente, pas de guidage.
Elle fonctionne par fragments, par nappes, par petites touches presque dissonantes.
Elle s’installe, dure, insiste, parfois jusqu’à devenir un confort instable.
Et surtout, elle agit ailleurs.
Elle ne dit pas ce que l’image montre.
Elle fait remonter ce que les personnages ne formulent pas — ce qui circule en eux sans jamais se dire.
C’est une musique intérieure.
Elle ne comble pas les scènes, elle les ouvre.
Elle ne corrige pas la mise en scène, elle lui donne un autre espace — plus mental, plus diffus, presque vertigineux tellement le pari est osé mais bien incorporé.
Là où l’image retient, elle libère.
Et c’est dans cette tension que le film trouve son équilibre.
Tourné en VistaVision par Michael Bauman, le film donne pourtant l’impression inverse d’un dispositif spectaculaire : tout est précis, pensé, construit — mais rien ne cherche à se faire remarquer.
Les scènes d’action — braquages, fuites — existent pleinement, avec parfois de l’ampleur, du panache même, mais sans jamais être isolées ni transformées en démonstration.
Le film pourrait être impressionnant.
Il choisit de ne pas l’être.
Le format ne sert pas à magnifier, mais à capter : visages, matières, lumières conservent une densité qui permet à la simplicité de ne jamais s'appauvrir.
Et ce choix engage directement le travail avec les acteurs.
Sean Penn propose ici un jeu brut, presque mécanique, qui peut surprendre — voire décevoir.
Le film ne corrige pas, n’optimise pas, n’ajuste pas. Il accepte.
C’est un risque réel : face à une telle figure, on attend souvent autre chose.
Mais le film préfère préserver une forme de vérité plutôt que garantir une performance.
Leonardo DiCaprio, lui, n’est pas effacé, mais déplacé.
Moins canalisé, moins structuré que dans ses rôles les plus marquants, il évolue dans un espace plus flottant, presque trop large pour lui.
Il reste juste, mais moins clinquant.
À l’inverse, Benicio del Toro et Teyana Taylor trouvent un point d’équilibre plus immédiat et organique, comme si leur présence s’accordait plus naturellement à cette mise en scène sobre et cet espace créatif accordé.
Ce déséquilibre n’est pas une faiblesse.
Il révèle une méthode.
Celle de Paul Thomas Anderson :
tout est dirigé, mais rien n’est surdirigé.
Le film ne cherche pas à produire des moments.
Il crée les conditions pour qu’ils existent.
Parfois, cela ne prend pas totalement.
Ce choix n’est pas une limite au sens d’un manque, mais une orientation : le film refuse de pousser certaines scènes vers une forme plus spectaculaire ou plus immédiatement lisible, au profit d’une tenue plus sobre, parfois moins “configurée” que l'on pourrait s'y attendre face à des grands du cinéma, mais cohérente avec son éthique.
Mais d’autres fois, quelque chose apparaît.
Une présence. Une justesse.
Une forme d’équilibre fragile entre image, jeu et musique.
C’est une alchimie rare, presque magique, qui ne surgit pas mais se tient sur un équilibre fragile, suspendu, qui, lorsqu’il tient, brille sans artifices.
Watch the trailer for ONE BATTLE AFTER ANOTHER, from Writer/Director Paul Thomas Anderson. Starring Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Benicio Del Toro, Regina Ha...