16/05/2026
Idi Amin Dada : le tyran qui transforma l’Ouganda en abattoir… avant d’être humilié par le Raid d’Entebbe
Il se faisait appeler « Big Daddy ». D’autres le surnommaient « Le Boucher d’Afrique ». Derrière les uniformes clinquants, les médailles fantaisistes et les discours grotesques, Idi Amin Dada a incarné l’une des dictatures les plus sanglantes du continent africain. Son règne, mélange de terreur, de folie mégalomane et de brutalité d’État, a plongé Ouganda dans un cauchemar dont les cicatrices restent visibles aujourd’hui.
Rien ne prédestinait pourtant ce petit pays enclavé d’Afrique de l’Est à devenir le théâtre d’une tragédie aussi spectaculaire. Mais avec Amin Dada au pouvoir, l’Ouganda allait entrer dans l’Histoire… par le sang et le scandale.
Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1971, Amin déclenche immédiatement une chasse aux sorcières. Intellectuels, opposants politiques, militaires soupçonnés de fidélité à l’ancien régime : tous deviennent des cibles. Les arrestations arbitraires, les disparitions et les exécutions sommaires deviennent le quotidien d’un pays terrorisé.
Très vite, le dictateur rompt avec la Royaume-Uni et les États-Unis pour se rapprocher de l’Union soviétique et de la Libye du colonel Mouammar Kadhafi. Enfermé dans une paranoïa grandissante, il transforme l’appareil d’État en machine à tuer. Des villages entiers sont rasés. Des milliers de corps sont jetés dans le Nil. À l’époque, certains témoins racontent que les cadavres étaient si nombreux que même les crocodiles s’en détournaient.
Selon plusieurs estimations internationales, des dizaines voire des centaines de milliers d’Ougandais périssent sous son régime. Amnesty International évoquera plus t**d près de 300 000 morts.
Mais c’est en 1976 qu’Idi Amin Dada va devenir mondialement célèbre à travers une crise qui fera vaciller son régime : le détournement de l’Airbus d’Air France reliant Paris à Tel-Aviv.
Le 27 juin 1976, l’appareil transportant 258 passagers est détourné par un commando terroriste pro-palestinien. Après une escale à Benghazi, l’avion atterrit à l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda. Les pirates de l’air réclament la libération de prisonniers détenus en Israël.
Idi Amin Dada se présente alors comme médiateur. En réalité, les témoignages des otages libérés révéleront rapidement la complicité active de l’armée ougandaise avec les preneurs d’otages. Pendant que le dictateur parade devant les caméras, la tension monte et l’ultimatum approche.
Mais Israël refuse de céder.
Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, l’armée israélienne lance l’une des opérations militaires les plus audacieuses du XXe siècle : le Raid d'Entebbe.
Trois Hercules C-130 israéliens traversent des milliers de kilomètres dans le plus grand secret. À bord : une centaine de commandos prêts à frapper au cœur même du régime d’Amin Dada.
L’idée relève presque du cinéma. Les soldats débarquent avec une Mercedes noire et des Land Rover identiques au cortège habituel du dictateur ougandais. Grâce à cette ruse, les commandos approchent le terminal sans éveiller immédiatement les soupçons.
En quelques minutes, tout bascule.
Les soldats israéliens neutralisent les terroristes, affrontent les forces ougandaises et libèrent les otages. Le raid est fulgurant : une vingtaine de minutes suffisent pour humilier le régime d’Idi Amin sous les yeux du monde entier.
Le bilan est lourd. Sept terroristes sont abattus. Une vingtaine de soldats ougandais sont tués. Plusieurs avions militaires ougandais sont détruits sur le tarmac. Côté israélien, l’opération coûte la vie à trois otages et à Jonathan Netanyahou, frère aîné du futur Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.
Pour Idi Amin Dada, l’humiliation est totale.
Le dictateur entre dans une rage noire et saisit le Conseil de sécurité de l’ONU, dénonçant une violation de la souveraineté ougandaise. Mais l’image du « maréchal invincible » vient d’être pulvérisée. Le monde découvre alors un régime grotesque, brutal et incapable de protéger son propre territoire.
Deux ans plus t**d, le tyran tente une nouvelle folie : annexer une partie de la Tanzanie dirigée par Julius Nyerere. Cette fois, la riposte sera fatale.
En avril 1979, les troupes tanzaniennes et les exilés ougandais entrent dans Kampala. Le régime s’effondre. Idi Amin prend la fuite, d’abord vers la Libye, puis vers l’Arabie saoudite où il vivra en exil jusqu’à sa mort, le 16 août 2003.
Il meurt loin des cris, loin des charniers, loin des milliers de familles brisées qu’il laisse derrière lui.
Mais son nom demeure associé à l’un des chapitres les plus sombres de l’Afrique postcoloniale : celui d’un homme qui transforma un État en royaume de la peur… avant d’être humilié par une opération militaire entrée dans la légende.